Incidence des plantes génétiquement modifiées sur les communautés microbiennes du sol

Auteur: Florian Ronez, 2009

I) Introduction

1)  Contexte actuel.

On estime aujourd’hui que sans l’utilisation des engrais azotés chimiques on ne pourrait subvenir aux besoins de plus de 3 milliards d’habitants sur terre (communication avec Mr Alain Pugin), et ce nombre serait encore fortement réduit si l’on arrêtait aussi d’utiliser les pesticides chimiques. Paradoxalement, et bien que la population mondiale soit en constante augmentation,  les problèmes de pollution et de santé publique amenés par l’utilisation de ces produits de synthèse conduisent peu à peu à un retour vers des pratiques culturales plus seines. Dans un tel contexte l’utilisation de plantes génétiquement modifiées (PGM) constituerai ici une bonne solution pour améliorer les rendements de l’agriculture tout en préservant l’environnement. Mais les perspectives d’utilisation des PGM sont bien plus vastes avec par exemple leur usage pour améliorer nos produits alimentaires (stabilité accrue des aliments, alicaments…), produire des molécules d’intérêt (médicaments, aromes…) et aussi pour résoudre des problèmes environnementaux (bioremédiation).

Seulement la création des PGM pose des problèmes étiques, leur mise sur le marché pose des problèmes juridiques et enfin leur utilisation ou consommation pourrait amener de nouveaux problèmes de santé publique ou environnementaux.

Nous nous intéresseront ici plus particulièrement à l’incidence des PGM sur les communautés microbiennes du sol, où comment leur introduction pourrait modifier la flore tellurique, le tout en restant le plus objectif possible vis-à-vis d’un sujet qui n’est que rarement abordé objectivement du fait des enjeux politico-économiques qu’il suscite. La méconnaissance actuelle du sujet ainsi que toutes les attaques ou louanges qui peuvent circuler donnent un intérêt particulier et indispensable à l’étude des PGM.

2) La rhizosphère

Les microorganismes du sol jouent un rôle agronomique important via diverses associations avec des plantes en particulier au niveau de leur rhizosphère. Ils contribuent par exemple à tirer du sol et fournir aux végétaux des nutriments essentiels tels que l’azote ou le potassium, mais les microorganismes peuvent aussi jouer un rôle sur la santé et la fertilité des plantes. Réciproquement ils peuvent également être influencés par les plantes avec lesquelles ils interagissent, ces dernières on un grand impact sur les communautés microbiennes du sol qui sont toujours très spécifiques au sein des rhizosphères.

L’impact de changements dans la physico-chimie du sol (effet du pH, de la température, des pratiques culturales, de la pollution…) sur les communautés microbiennes est bien connu. On peut donc en venir à se demander si l’introduction de PGM a aussi une influence sur ces communautés et ce à plus ou moins long terme. Pour cela il faut disposer d’outils adaptés permettant de caractériser les microorganismes du sol.

3) Techniques d’étude des communautés microbiennes du sol.

Jusqu’à ces dernières années la complexité et la grande diversité des populations de microbes du sol n’a permis que leur étude partielle. En effet on estime que les méthodes de caractérisations classiques via revivification et culture ne permettent de mettre en évidence que de 0,1 à 1% de la flore du sol, de plus la complexité de la matrice sol constitue toujours un biais à ces techniques. Aujourd’hui l’avènement des techniques de biologie moléculaire permet des études plus résolutives des communautés microbiennes du sol, de leur diversité et même leur fonctionnalité.

Ces techniques sont basées sur l’extraction de matériel génétique du sol,  l’amplification des régions d’ADN ribosomal, la ségrégation sur gel et le séquençage des bandes obtenues ou encore sur des techniques de clonage également suivies de séquençages. Enfin des études in silico avec la comparaison des séquences obtenues contre des banques de données permettent de caractériser la structure microbienne du sol étudié.

Le principal biais de ces techniques vient de l’extraction du matériel génétique du sol qui reste compliquée et occasionne des pertes de séquences fragiles. D’autres erreurs peuvent apparaitre car les techniques d’extraction de l’ADN du sol permettent difficilement de discriminer les microorganismes vivants des morts. La méthode reste cependant une révolution par rapport aux anciens protocoles.

 L’impact des  PGM sur les microorganismes du sol est attendu sous deux formes que nous étudierons ici en détail :

–          L’impact direct lié au relargage de molécules par les racines des plantes.

–          L’impact indirect lié aux transformations génétiques.

II) Impact lié à l’exsudation racinaire

L’élément le plus simple lorsque l’on parle de modifications induites par les PGM est d’évaluer  si les inserts génétiques apportés aux plantes et permettant la production de nouvelles molécules on un effet direct sur les microorganismes du sol. Il existe autant d’exemples que de PGM différentes, nous verrons donc ici quelques études significatives pour différents cas d’intérêt.

1) PGM productrices de biocides

Tout d’abord concernant des PGM très controversés : productrices de biocides ou autre molécules de résistances. De Vries et al. (1999) ont montré que  les plants de pomme de terre modifiés pour produire le lysozyme issu du phage T4, un antibactérien naturel utile contre les pathogènes des tissus vasculaires et espaces intercellulaires des plantes,  induisaient une activité bactéricide. En principe le lysozyme n’a pas vocation à être libéré dans le milieu, mais Ahrenholtz et al. (2000) ont démontré que cette activité dans le sol était provoquée par une faible exsudation, des pertes au niveau des racines blessées, et également que l’action bactéricide s’exerçait à la surface des racines. Au contraire Heuer et al. (2002) ont montré que des  plants similaires de pomme de terre produisant le lyzozyme T4, ont un effet négligeable sur les communautés microbiennes du sol, cependant ici on pourrait supposer que ce sont les conditions de culture moins agressives qui n’ont pas induit de blessures ou exsudation suffisante pour beaucoup affecter la microflore voisine.

Pour aller encore plus loin plusieurs études en champ ont été réalisées (Rasche et al. 2006) sur une période de 3 ans, dans des sols différents d’Espagne, et avec des plants de pomme de terre PGM lysozyme T4, les mêmes plants non PGM et 3 autres variétés de pommes de terres (génotypes différents). Les résultats très intéressants ont montré que les plants PGM ont bien induit des modifications de la flore microbienne du sol, mais que ces modifications n’étaient pas  plus importantes que celles induites par les conditions climatiques, les différentes saisons, les différents sols ou variétés de pommes de terre utilisées. Forte des résultats de ces travaux la même équipe a également mis en évidence des résultats similaires avec d’autres pommes de terre PGM produisant différents antibiotiques.

Les maïs dit Bt sont capables de sécréter la proteine cry issue de bacillus thuringiensis qui leur confère la résistance à a pyrale, un insecte ravageur du maïs, ont également un impact sur les communautés microbiennes du sol moindre que l’impact des conditions de culture, des gradients physico-chimiques et de la constitution du sol. (Brusetti et al. 2004 ; Min Fang et al. 2005). La même étude a aussi montré des résultats similaires avec d’autres maïs résistants au glyphosate, un herbicide spécifique des végétaux très utilisé. Enfin tout récemment LeBlanc et al. (2007) ont réalisé une des toutes premières études sur des arbres PGM  et ont démontré que le sapin blanc contenant des gènes de type cry de résistance aux chenilles modifiait significativement la structure microbienne de sa rhizosphère. Il a été constaté une augmentation de la communauté dans sa globalité. Hélas ici l’impact d’autres facteurs environnementaux ou génotypiques n’ont pas été étudiés.

On peut donc dire que même si des actions locales de ces « PGM biocides » sont avérées elles sont trop faibles et trop aspécifiques pour engendrer une modification d’une communauté microbienne dans sa globalité.

2) PGM productrices de substrat pour les microorganismes

Les stratégies de protection des plantes  via l’autoproduction de substances antibiotiques ne semblent donc pas modifier significativement la structure des communautés du sol. Par contre une équipe a mis en évidence qu’une stratégie opposée pouvait modifier ces communautés (Oger et al. 2000). Au lieu de produire des molécules de protection contre les pathogènes les plantes sont ici modifiées pour produire de grandes quantité d’opines, substrat directement utilisable par certaines populations spécifiques de microorganismes (Oger et al. 1997) comprenant les plus intéressants d’un point de vue agronomique. La modification des communautés microbiennes du sol est alors souhaitée et elle a bien lieu. En effet les populations utilisatrices d’opines ont vu leur proportion augmenter par rapport à d’autres populations n’utilisant pas les opines comme substrat, et par rapport à des plantes témoin non PGM. En outre l’équipe à mis en évidence que ces modification ont permis un établissement plus rapide et robuste d’une rhizosphère majoritairement bénéfique à la plante. Enfin leur étude à montré que si l’on retire les plants PGM on constate un rapide retour à la normale des communautés microbiennes du sol ce qui montre qu’on n’a pas d’impact sur le long terme de cette technologie.

Nous avons donc dans ce cas une PGM pouvant orienter les microorganismes de sa rhizosphère et favoriser sa microflore bénéfique pour en tirer avantage : meilleur développement,  meilleure santé… Réciproquement on pourrait aussi se demander si une PGM en meilleure santé voit sa rhizosphère microbienne changer par rapport à une plante moins robuste plus sujette aux infections.

Cette hypothèse a été testée par Wei et al. (2006), en travaillant cette fois ci sur une papaye génétiquement modifiée comprenant un gène muté de la réplicase du virus « ringspot » fréquent chez la papaye et conférant la résistance à ce même virus. En réalisant des cultures de PGM résistantes et des cultures de papaye sensible ils ont réussi à mettre en évidence que les populations de bactéries, actinomycètes et champignons des champs cultivés en PGM étaient significativement différentes. Seulement on peut regretter que ces résultats aient été obtenus via des méthodes de revivification et culture sur boite car comme nous l’avons évoqué elles ont trop de biais pour permettre de bien évaluer les communautés microbiennes dans leur globalité. Par contre un point intéressant dans cette étude est l’analyse fonctionnelle des communautés microbiennes via la mesure des activités enzymatiques importantes. Au sein des cultures PGM des modifications ont été constatées : augmentations d’activités ou au contraire des diminutions. On peut donc dire ici que la culture de PGM en meilleure santé que les plantes non modifiées a induit une modification de la fonctionnalité de la communauté microbienne.

3) PGM et bioremédiation

Concernant  l’approche qui consiste à favoriser la microflore du sol, très récemment des expérimentations prometteuses ont été entreprises dans le domaine de la bioremédiation des sols pollués (Travis et al. 2007). Lorsqu’un sol se retrouve pollué on constate souvent une diminution des plantes y poussant et donc des populations de microbes rhizosphériques, ce qui est fortement préjudiciable car ce sont eux qui en s’adaptant aux nouvelles conditions peuvent contribuer à détoxifier les sols. L’approche a donc consisté ici à mettre au point des plants de tabac dans lesquels on a introduit un gène codant pour une nitroréductase d’origine bactérienne capable de réduire le trinitrotoluène (TNT). Ces nouveaux plants sont donc plus résistant à cette forme de pollution qui est une des plus importantes sources de contamination chimique des sols mondiaux. Les PGM ainsi générés poussent donc mieux sur les milieux contaminés par le TNT et contribuent pour une partie à son élimination, mais le point le plus réjouissant est que les plants permettent l’établissement et la pérennité des communautés microbiennes capables de dégrader le TNT au sein de sa rhizosphère, ce sont elles qui contribuent ainsi à la majeure partie de la dépollution.

Nous avons donc vu ici des exemples de PGM qui interagissent directement avec les communautés microbiennes du sol selon 2 modalités : via une activité sécrétoire liée à leur insert et/ou via un meilleur état de fonctionnement de la plante permis par l’insert. Nous avons aussi vu que souvent, lorsque la PGM à une incidence sur les communautés microbiennes et la fonctionnalité du sol celle-ci est transitoire et ne perdure pas une fois la plante disparue.

L’autre grand champ de recherche au sujet des PGM et des microorganismes du sol est la possibilité de transferts génétiques, champ auquel nous allons nous intéresser maintenant.

III) Fréquences et impact possible des transferts génétiques

Une des grandes inquiétudes lorsque l’on parle de PGM est de savoir si les séquences d’ADN exogène incorporées dans ces plantes (transgènes) pourraient être retrouvées dans les microorganismes du sol. Cela pourrait poser d’immenses problèmes, en particulier à cause des gènes de résistance aux antibiotiques souvent utilisés comme marqueurs génétiques dans les PGM. Ceux ci pourraient donner à certaines populations bactériennes des avantages évolutifs leur permettant de se développer plus facilement modifiant ainsi toute la structure de la communauté du sol et être à l’origine de grave problèmes (pathogènes).

1) Transferts d’ADN

Les transferts d’ADN de PGM à microorganismes sont appelés transferts horizontaux (en opposition au transfert vertical de générations en générations) et on connait 3 mécanismes de transferts horizontaux entre bactéries : la transduction, la conjugaison et la transformation.

Aujourd’hui le transfert d’ADN entre plantes et microorganismes via transduction, transfert d’ADN par intervention d’un phage, est encore peu étudié mais il semble peu probable car on ne connait pas  de virus capable de prendre pour cible à la fois des cellules végétales et microbiennes.

La conjugaison, transfert d’ADN entre 2 bactéries, est maintenant bien décrite cependant avec les plantes un des seul mécanismes pouvant s’y apparenter et donnant lieu à un transfert d’ADN plasmidique de la bactérie vers la plante est effectué par Agrobacterium tumefaciens (qui justement est utilisé pour construire des PGM). Seulement aucun processus inverse de transfert d’ADN de la plante aux microorganismes n’a jamais été décelé.

Le mécanisme le plus probable et le plus étudié pour les transferts horizontaux entre plantes et microorganismes est la transformation (Nielsen et al. 1998). Il s’agit de la captation d’ADN libre dans le milieu par certaines bactéries naturellement prédisposées dites compétentes. Une fois dans la cellule l’ADN pourrait alors être stabilisé par intégration dans le génome bactérien via recombinaison homologue ou encore grâce à des éléments transposables. De tels évènements devraient être inexistants avec des cellules végétales vivantes du fait des barrières cellulaires, mais lors de la mort cellulaire ou dispersion du pollen ces barrières disparaissent, l’ADN se retrouve alors libéré et pourrait être capté par une bactérie.

Geghard and Smalla (1998) ont montré que de tels évènements peuvent avoir lieu in vitro, ils ont en effet mis en évidence que Actinobacter sp était capable de capter un insert ADN de canne à sucre PGM et de l’intégrer dans son génome via recombinaison homologue. Cependant ces expériences ont été réalisées dans des conditions spécifiques, avec des Actinobacter en état de compétence, sans communauté microbienne complexe et avec un sol stérile, le tout favorisant ainsi la conjugaison.

Neilsen et al. (2000) ont également  réussi à observer un transfert horizontal d’un gène de betterave transgénique chez Actinobacter en sol stérile mais jamais en sol non stérile. De nombreux autres exemples ont montré la possibilité de captation d’ADN de PGM en milieu favorable mais jamais en plein champ, on peut donc se demander quels sont les facteurs limitants en conditions culturales et à quelle fréquence on peut les envisager dans la nature ?

2) Transferts horizontaux et facteurs limitants

Tout d’abord, au sein du sol la barrière principale pour la captation d’ADN nu par les bactéries est la disponibilité de cet ADN et donc sa persistance dans les sols. En plus de facteurs abiotiques tels que les conditions physico-chimiques difficiles et variables du sol, des facteurs biotiques comme les nombreuses DNAses d’origine microbiologique nous poussent à dire que la durée de vie d’un ADN nu dans le sol est faible. Cependant avec des techniques assez sensibles retrouver de l’ADN végétal dans la matrice sol plusieurs années après la mort de la plante (De Vries et al. 2003), cela pourrait être du à l’adsorption de l’ADN sur des particules du sol (argile, sable…) ce qui aurait pour effet de le stabiliser et le protéger.

Ensuite pour capter de l’ADN une bactérie doit disposer de systèmes spécifiques appelés facteurs de compétences que certaines bactéries ne sont pas capables de mettre en place et que d’autres peuvent posséder transitoirement en fonction des conditions du milieu. De plus il semblerait que certaines bactéries soient sélectives vis-à-vis de l’ADN et ne puissent capter que celui de leur propre espèce. Les études de conjugaison avec ADN de plante ont toujours été réalisées avec des bactéries compétentes et on en connait aujourd’hui plus de 40 bactéries qui le sont naturellement (Nielsen et al. 1998) mais ce nombre pourrait être bien supérieur du fait de la connaissance infime des populations microbiennes du sol.

Une fois dans la cellule l’ADN doit s’intégrer dans le génome bactérien, et pour cela des séquences homologues avec le génome de la bactérie sont nécessaires, ce qui diminue donc fortement les chances d’intégration. Des expérimentations (De Vries et al. 2001) sur des bactéries compétentes (Pseudomonas Stutzeri et Actinibacter sp.) ont montré que même en large excès (108 à 109) de matériel génétique de PGM les taux de transformation en absence de séquences homologues entre transgène et bactéries étaient très faibles (de l’ordre de 10-13).  Lors de travaux en serre Kay et al. (2002) ont réalisés divers tests avec différentes séquences d’inserts et ont démontré qu’en absence de séquences homologues aucun Actinobacter recombinant n’était détecté.

Enfin une fois un transgène de PGM inséré dans un microorganisme il faut s’intéresser à ses effets. On peut se demander si ce nouveau gène sera transcrit, et à cette étape on rencontre aussi de nombreuses autre barrières. En effet il ne faut pas que le transgène soit préalablement clivé, il faut qu’il s’intègre en entier et avec son promoteur dans le génome bactérien. De plus les promoteurs utilisés pour contrôler les transgènes sont souvent très actifs chez les plantes eucaryotes mais pas forcément chez les procaryotes, et si aucun promoteur n’a été transféré au microorganisme il faut alors que le transgène s’intègre sous le contrôle d’un élément régulateur du génome bactérien qui ne sera pas forcément efficace là aussi.

3) Fréquences d’apparition

De nombreuses barrières s’opposent donc aux transferts horizontaux et ils n’ont jamais été démontrés en plein champ. Heinemann and Traavic (2004) estiment que ces transferts pourraient avoir lieu dans la nature à une fréquence de 10-17 voire encore moins en fonction des conditions, ce qui correspondrait à 1 recombinant pour 300 tonnes de sol (en considérant 2 x 109 bactéries par gramme de sol). Aux vues des nombreux facteurs allant à l’encontre des transferts horizontaux entre PGM et microorganismes au sein de la matrice sol ces estimations semblent actuellement être les plus pertinentes.

Ainsi, si l’on considère 1 microorganisme recombinant PGM dans 300 tonnes de terre cela pose alors d’autres problèmes, en effet lors d’expériences en champ cela correspondrait à 1 recombinant tous les 25m² (en prenant 1m3 de sol pèsant 1,3 x 106 grammes), ce qui poserai alors des problèmes d’échantillonnages.

Ensuite pour pouvoir détecter au moins un recombinant il faudrait screener entre 1025 et 1037 bactéries (Heinemann and Traavic (2004). Pour que le rendement des méthodes de détection moléculaires soit suffisant et éviter les faux négatifs il faudrait préalablement réaliser des enrichissements, et même en imaginant qu’on arrive à cultiver tous les microorganismes, si l’on compte 1010 cellules par boite de Pétri il en faudrait donc entre 1015 et 1027. Aucune étude n’a donc eu jusque là une portée suffisante pour bien évaluer la présence de recombinants de premières générations lors de cultures PGM en plein champ.

4) Evolution des communautés

Nous avons vu ici que le mécanisme de transfert génétique entre PGM et microorganismes du sol est tout à fait plausible bien que de nombreux facteurs s’y opposent contribuant à en réduire l’apparition. D’autre part nous avons mis en évidence que la détection des recombinants à court terme en conditions culturale est très laborieuse. Il nous reste maintenant à déterminer l’incidence que pourrait avoir un individu ayant incorporé un insert de PGM au sein de toute la communauté microbienne du sol. Cela passe par la capacité de survie qu’auront les recombinants et donc l’avantage évolutif que pourra apporter un transgène donné, l’étude au cas par cas est ici nécessaire mais on peut distinguer trois cas de figure principaux.

Pour la plupart, les transgènes utilisés pour améliorer les plantes ne feraient que causer des problèmes aux bactéries les incorporant ou s’intègreraient mal dans les génomes bactériens ce qui les rendrait inactifs ou pire inactiverait des gènes bactériens, les recombinants seraient alors vite éliminés.

Certains transgènes ont un effet neutre, ils seraient alors naturellement éliminés plus ou moins rapidement via sélection naturelle.

Enfin les cas les plus problématiques sont les transgènes apportant un avantage évolutif ou la capacité de coloniser de nouvelles niches écologiques, les bactéries pourraient alors se développer au détriment d’autres espèces modifiant ainsi rapidement la communauté microbienne du sol. Dans ce dernier cas la détection de populations recombinantes émergentes pourrait alors être plus aisée et faite dans de faibles quantités de sol (Nielsen and Townsend, 2004).

Hélas la complexité ainsi que la méconnaissance actuelle des communautés microbiennes et de la matrice sol ne permettent pas de mettre en place des prédictions réalistes des modifications possibles induites par de grandes quantités de transgènes de PGM disponibles dans l’environnement.

IV) Conclusion

1) Incidence directe des PGM

Durant cette étude nous avons donc vu les deux modalités par lesquelles on peut craindre que la culture de PGM modifie les communautés microbiennes du sol à plus ou moins long terme.

Tout d’abord, concernant la bioproduction de molécules nous avons étudiés 3 cas de figure. Les PGM productrices de molécules biocides, les PGM favorisant leur microflore rhizosphérique et un cas intéressant de PGM résistant à des conditions très particulières grâce à la production d’enzymes spécifiques.

Les nombreux travaux réalisés sur les plantes productrices d’antibiotiques ou insecticides ont souvent montré une incidence des PGM que l’on peut attribuer à une exsudation locale, néanmoins il a été démontré que cette incidence locale n’était pas plus importante que celles induites par les conditions climatiques, la physicochimie du sol, le génotype des plantes utilisées…

Ensuite les expériences d’orientation volontaire des populations de microorganismes du sol ont montré de bons résultats. Ils permettent entre autre de montrer qu’une vraie modification de la communauté est possible, et que l’on peut orienter cette modification. Ces résultats sont d’autant plus prometteurs que les modifications significatives ne sont que transitoires et disparaissent rapidement une fois les PGM retirées.

Enfin nous sommes allé encore plus loin en étudiant comment l’introduction d’une PGM résistante à un milieu particulièrement pollué et donc non propice à la plante native pouvait carrément permettre l’implantation de nouvelles populations microbiennes dépolluantes au sein de la rhizosphère.

Selon ces premières observations on peut en toute objectivité dire que l’incidence des PGM ne pose pas de problème majeur.

2) Incidence indirecte des PGM

Dans un deuxième temps nous nous sommes penchés sur les problèmes de contamination génétique des microorganismes du sol par les PGM. C’est aujourd’hui celui qui fait le plus débat car les études réalisées en laboratoire montrent que de tels transferts d’ADN des PGM jusqu’aux microorganismes du sol peuvent avoir lieu dans des conditions favorables. Ces transferts  n’ont cependant jamais été décelés sous des conditions culturales en plein champ et nous avons évoqué de nombreux facteurs qui s’y opposent tout au long des processus mis en jeu.

Bien qu’après plusieurs hypothèses hasardeuses des estimations plus sérieuses aient été publiées les enjeux sont maintenant de pouvoir évaluer correctement les fréquences d’apparition des transferts horizontaux de transgènes des PGM vers les microorganismes du sol. Et cela passera nécessairement par une amélioration des techniques actuelles d’extraction et de purification de l’ADN du sol.

Il faut également relativiser la situation et s’intéresser aux vrais problèmes car aujourd’hui la plupart des transgènes antibiotiques qui étaient utilisés comme marqueurs et faisaient débat ne sont plus utilisés. De plus une autre grande partie des transgènes incorporés dans les PGM sont eux même issus de la flore microbienne du sol et ne poseraient pas de problèmes en étant retransférés aux microorganismes.

3) Epilogue

En conclusion nous pouvons dire que grâce aux enjeux politico économiques actuels  la recherche de l’incidence des PGM sur les communautés microbiennes du sol, et plus généralement l’incidence des PGM a été prolifique et a fourni de nombreuses données intéressantes. Ainsi l’incidence directe des PGM via leur action sur les communautés telluriques ne semble pas poser de problèmes majeurs. Cela a d’ailleurs été rapidement accepté car aujourd’hui on se penche beaucoup plus sur l’incidence indirecte suite aux transferts horizontaux qui pourrait être bien plus problématique en particulier sur le long terme.

Pour en terminer je dirai qu’il est aujourd’hui absolument nécessaire, aux vues des applications immenses des PGM, d’avoir une approche constructive et intelligente, de laisser faire leur travail aux chercheurs et de le faire de la manière la plus indépendante possible loin de toutes pressions politiques ou financières.


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Copyright: Florian Ronez, 2009

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